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Disputes répétées à propos de la vitamine D

Chère lectrice, cher lecteur

Il y a depuis trop longtemps une sorte de business déplaisant à propos de la vitamine D.

Des voix multiples – généralement de compétence modérée voire nulle – se font entendre pour encourager la population (les jeunes, les vieux, les bien-portants et les malades) à se supplémenter en vitamine D.

Avec le nombre de postulants, et malgré le nombre croissant d’industriels proposant des produits variés contenant de la vitamine D, il y a de quoi faire quelques profits avec des compléments en vitamine D.

Selon certains, la vitamine D (administrée sous forme de compléments) pourrait nous protéger de toutes les sortes de maladies : cancers, cardiovasculaires, diabète, et même COVID-19.

Nous sommes loin d’avoir des données solides confirmant ces affirmations souvent péremptoires mais on peut au moins dire qu’en général, si ça ne fait pas du bien, ça ne fait pas non plus du mal. Alors pourquoi pas ?

Mais, pour certains autres, se complémenter avec de la vitamine D, c’est simplement « gaspiller » son argent !

Je suis plutôt d’accord avec cette seconde vision, d’autant plus que la vitamine D n’est pas une vraie vitamine (une substance devant obligatoirement être apportée par nos repas) puisque nous sommes capables de la synthétiser à condition de s’exposer suffisamment aux UV, préférentiellement du soleil.

Peu importe, la principale motivation de se supplémenter se trouve ces jours-ci dans le dosage de la vitamine D dans le sang : si c’est bas, on est supposé déficitaire et on doit se supplémenter…

Le dosage de la vitamine D dans le sang n’est pas un bon paramètre physiologique car on mesure la vitamine D totale alors que seule la vitamine D « libre » est importante.

La vitamine D est transportée essentiellement par une protéine porteuse, la vitamin D binding protein (ou DBP) – dont la concentration régule les vraies (les utiles) concentrations de vitamine D libre – et qui elle-même dépend de complexes régulations, notamment d’un polymorphisme génétique, sans entrer dans les détails. Dit simplement, nous n’avons pas tous la même DBP !

Et donc, faute d’avoir tous la même DBP, nos concentrations en vitamine D n’ont pas la même valeur, ne nous indiquent pas quel est notre réel statut en vitamine D, si nous sommes déficitaires ou pas, si nous avons besoin de supplément ou pas…

Bref, les dosages de vitamine D utilisés pour décider d’une supplémentation sont douteux pour le moins et bien des consommateurs de vitamine D sous forme de complément n’en ont pas besoin en réalité.

D’ailleurs, la majorité des essais cliniques testant la vitamine D contre placebo échouent à démontrer un bénéfice systématique, quel que soit l’objectif (l’espérance) du supplémenté.

Non seulement la DBP est très variable, mais un autre facteur vient compliquer le paysage : c’est le récepteur cellulaire de la vitamine D.

Dit autrement, pour que la vitamine D libre soit utile à nos cellules, elle doit s’attacher à un récepteur cellulaire qui lui-même est aussi très variable et dépendant lui-aussi d’une variation génétique.

Certains d’entre nous ont des récepteurs à la vitamine D qui fonctionnent mal et il faudrait des apports – et des concentrations en vitamine D libre – beaucoup plus importants pour que la vitamine D pénètre la cellule et agisse ; éventuellement…

Tout cela est très confus et, faute d’essai clinique bien conduit et démonstratif, la grande majorité de ceux qui se supplémentent en vitamine D le font inutilement. En principe, avec une nutrition méditerranéenne adéquate, nous recevons suffisamment de vitamine D : pas besoin de complément !

Mais c’est plus compliqué !

Une étude récente1 a testé l’hypothèse qu’en fonction de la variabilité génétique du récepteur de la vitamine D (on dit polymorphisme ; je ne rentre pas dans les détails), des personnes prédiabétiques devenaient diabétiques (ou pas) en réponse à une supplémentation (importante) en vitamine D.

C’est intéressant (quoique douteux) et indiquerait qu’une supplémentation systématique avec une dose standard de vitamine D a de fortes chances d’être inutile, au moins pour la prévention du diabète.

Évidemment, l’hypothèse que la vitamine D (à elle seule) puisse empêcher la survenue d’un diabète (une maladie multifactorielle complexe) est naïve, voire stupide.

C’est le mode de vie, notamment (mais pas seulement) les habitudes alimentaires qui nous protègent du diabète et certainement pas un nutriment particulier dont on devrait se gaver…

Mais ce qui est vrai pour le diabète, l’est aussi pour d’autres pathologies également multifactorielles et complexes comme les cancers, les maladies cardiovasculaires ou les maladies infectieuses, comme la COVID-19.

Sur ce dernier point, faute d’essai clinique de qualité, je recommande un article récent faisant la synthèse des connaissances sur ce point2 et dans lequel les sympathiques auteurs ont l’art de se prendre les pieds dans le (leur) tapis ; confirmant ainsi le constat de l’effroyable effondrement de la médecine scientifique en 2026.

Prenez soin de vous et à très vite,

Michel de Lorgeril

1  [D2d study, publiée le 1er Juin dans JAMA Network Open, 1ère autrice Bess Dawson-Hugues]2 [Zhu L, Zhang Y, Li X, et al. Vitamin D supplementation for managing COVID-19 in patients with vitamin D deficiency: a systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials. BMJ Open 2025;15:e091903]

5 commentaires sur « Disputes répétées à propos de la vitamine D »

  1. J.louis Lourties dit :

    Nos avons 87 ans,
    avec mon épouse, depuis 7 ou 8 ans nous prenons 4000 UI de D3+K2mk7 par jour pour compenser la très faible absorption solaire.
    beaucoup de médecines naturelles le conseillent, pensant que cela puisse être bénéfique à notre santé, nous l’avons adopté.
    Merci Docteur pour vos actions de qualité.

  2. Dr Jean Marc Pourtal dit :

    En temps que rhumatologue, je ne suis pas du tout d’accord avec vous.
    Sur le fond, parlons du dosage : un dosage normal n’indique effectivement peut être rien de particulier, mais un dosage bas doit faire rechercher une hyperparathyroïdie secondaire. Rien que pour celà,il est légitime de pratiquer cet examen.
    Sur la forme, avec tout le respect que je vous dois, je trouve que vous devenez de plus en plus péremptoire dans vos affirmations, rejoignant en celà la multitude de  » grands spécialistes » et de  » grands professeurs » qui vous ont traîné dans la boue pendant des années. Vous ne pouvez pas, par exemple, rejeter d’un revers de main les travaux du Dr Jean Marc Sabatier, sur le rôle immuno-regulateur de la vitamine D par l’intermédiaire du système rénine angiotensine (SRA), sur le simple fait qu’il n’y ait pas d’études en double aveugle.

  3. Françoise dit :

    je prends de la vitD depuis les recommandations d’un Nutrithérapeute Julien Vénesson cla fait plusieurs années; j »ai 85 ans et d’après lui plus on est agé moins on synthétise aussi soleil , j’en prends 4000 unités marque DPlante

  4. Jean claude Mazzoleni dit :

    Cher Dr De Lorgeril
    Vous avez, si mes souvenir sont exactes, parlé vous même d’une étude sur « la déclaration des cas de cancer / prise de vit D »
    Cette étude mettait en évidence une « inefficacité pour prévenir le cancer par une différence « non significative des cas de cancer supérieur de 4 % seulement dans le groupe placébo / groupe vit D. » « l’épaisseur du trait ». Mais vous souligniez alors que sur la mortalité la différence était de 17% et sur la mortalité dans les 2 dernières année elle passait à 25 % . La mortalité n’étant pas l’objet de l’étude il n’y pas de conclusion sur la mortalité.
    Y aurait-il des changements ?
    Cordialement

    Jean claude Mazzoleni

  5. christian dit :

    D’accord avec vous, cette histoire de vitD est loin d’être claire, mais le buseness de cette suplémentation est loin de celui de big Pharma, en fait se suplementer ne coute pas très c her, utile ou pas c’est pas démontré comme vous le dites justement. On constate que lorsque l’on vit dans un pays très ensoleillé comme le mien, les mesures de vit D systématique dans la population ont montré un taux bas . Surprenant ou alors faute à la méthode ou à la dbp ? Certains incriminent le port de lunettes de soleil systèmatique pour éviter la réverbération pénible des murs blancs qui empêcherait l’information cérébrale de présence de lumière solaire qui aurait comme conséquence de ne pas déclencher le métabolisme de fabrication de cette vit D ?! Avez vous des précisions sur ce sujet, y a t-il une différence de sécrétion de la vit D entre les blancs d’Europe et les noirs d’Afrique ?

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